Se sentir différent, en décalage …

Billets d'humeur

Mai 29

Beaucoup d'individus, peut-être même tous, veulent se sentir unique, différent à un certain degré. C'est que nous évoluons dans une société où les légendes brillent comme des étoiles, une société où être une star est un titre attrayant. L'on oublie pourtant vite que le ciel en est paré, et que de là où nous sommes, nous ne voyons que peu leur singularité.

Il y a donc cette parure dont on veut se revêtir, puis il y a une sensation plus profonde, un sentiment qui colle à la chaire, une pierre portée en nos entrailles dont on ne peut absolument pas se défaire.

Je suis une marginale. C'est ainsi que j'aime à me nommer, car ces lettres s'assemblent à merveille et la notion a une dimension poétique, un aspect qui adoucit la réalité de ce que je ressens.
Lorsque l'on souffre de ne point pouvoir trouver sa place en ce monde, la différence n'est alors plus un attrait. Plus d'une fois ai-je essayé de me joindre à la masse, plus d'une fois ai-je lourdement ressenti mon retrait. Je suis en marge de ce texte qui s'écrit devant moi. Je suis souvent spectatrice silencieuse d'une scène que je ne comprends guère, non pas que les actes et paroles dépassent mon entendement, mais je ne puis trouver intérêt dans ce spectacle.

Pendant un temps je me suis forcée à être comme les autres, à prendre part à leurs discussions, à m'asseoir auprès d'eux ; mais je ressentais à chaque fois cette pesanteur, et finalement je me voyais m'éloigner de moi-même. Il n'y a pas de mal à préférer être seule plutôt qu'accompagner. Aucun mal à s'isoler dans de grandes assemblées. Celui qui marche seul, contemple seul, se repose en solitaire à l'ombre d'un peuplier, n'est nullement à plaindre. Il ne manque en réalité pas de compagnie, car des millions de pensées, d'interrogations et d'ouvertures spirituelles sans cesse l'accompagnent. Face à lui défilent des milliers d'idées, de sorte qu'il n'a nullement le temps de s'ennuyer.

La délivrance se trouve réellement dans l'acceptation de soi. Il faut apprendre à se connaître, poser le doigt sur nos préférences, sur tout ce qui nous différencie d'autrui, et l'accueillir. A titre d'exemple, je n'aime pas répondre au téléphone ni même passer de coups de fil : cela me stresse constamment. Communiquer par sms m'est généralement préférable. Si j'ai le choix et ne suis pas seule, je préfère éviter de demander des renseignements aux étrangers et laisse le soin de le faire à qui m'accompagne. Si cela a pu paraître et encore aujourd'hui paraît comme une anormalité pour grand nombre de personnes, c'est ainsi que je suis. C'est un trait de caractère qui se retrouve souvent chez les introvertis, mais pas seulement. Alors oui, nous vivons dans un monde majoritairement extraverti, mais ce n'est pas à la majorité de déterminer la norme. La norme, c'est être ce que l'on est, le plus simplement et fidèlement possible. La norme, c'est être au plus proche de la nature.

L’on pourrait dire que nos personnalités apportent au monde autant de nuances que les fleurs apportent de couleurs. Exiger de l’uniformité c’est finalement aller contre les lois de l’univers.  Aussi, lorsque j’embrasse mon être pleinement, je m’émancipe et me libère. Je ne souffre plus d’être ce que je suis et je ne souffre plus de ma différence. Je comprends que là se trouve l’essence même de mon individualité et j’apprends à mettre mes capacités uniques au service du monde. Je ne crains plus ma solitude mais je m’en nourris. J’y fais face sans honte, et puise en mes ressources cette exceptionnelle note que je pourrais joindre à la symphonie de la vie.

Votre être aussi renferme cette note qui ne se trouve nul part ailleurs. Plongez donc à sa découverte et réalisez-vous.

A.

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